Daniel Biyaoula

IN MEMORIAM
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Daniel Biyaoula né le 11 septembre 1953, à Brazzaville, il a fait ses études supérieures à Reims où il a obtenu un doctorat en microbiologie. Partagé entre la pratique de la littérature, il observe la réalité actuelle des Africains qui vivent entre l’Europe et l’Afrique, dont l’existence se comprend entre le désir de conserver des racines ancestrales imaginées et la difficulté d’accéder à la modernité des sociétés européennes qui s’offrent en modèle. 
De même, il était le prototype de l’auteur opiniâtre, sans concession. Pour lui, la concession était conçue comme un souffle transcendant. 
Ecrivain congolais de la cinquième génération, Daniel Biyaoula fut un grand défenseur des particularités nationales et régionales qui s’inscrit en faux contre le concept de la littérature de tout le monde. Dans «L’Impasse», considéré comme le chef-d’œuvre de Daniel Biyaoula, dixit le célébrissime écrivain congolais, Alain Mabanckou, qui commentait ses trois œuvres dans le magazine Jeune Afrique: «L’auteur montrait un nouvel horizon et, peut-être, définissait ce qu’était devenu un écrivain africain: un créateur indépendant et soucieux de dire la marginalité, de prendre pour thématique les turbulences de l’immigration. Biyaoula était un auteur qui réinventait une langue, brisait la phrase et réduisait les distances entre le langage parlé et la forme écrite». 
Quant au deuxième roman de Daniel Biyaoula, portant le titre d’ «Agonies», poursuit Alain Mabanckou, il est une sorte de regard sur la banlieue, avec, en arrière-plan, deux histoires d’amour parallèles. Le troisième, «La source de joies», rapporte-t-il, se présentait sous le signe «d’un retour au pays natal, avec une exaltation de l’amitié, du temps qui érige un mur dans nos rapports avec les personnages de notre enfance ou les lieux que nous avions quittés, depuis des décennies». 
Ces trois romans de haute facture évoquent le talent littéraire et artistique de Daniel Biyaoula, cet écrivain iconoclaste qui blanchissait des mois pour se documenter, réfléchir et organiser, mentalement, son récit. 
Homme d’une intelligence fulgurante, il était exigent et disposait d’une excellente maîtrise de l’histoire de son peuple et du monde, qui lui permettait sa formidable mémoire. Il était l’un des plus farouches défenseurs de l’indépendance de l’Afrique. 
Pour rappel, le nom de Daniel Biyaoula parut dans le paysage littéraire africain, en 1997. Il fut le premier écrivain de sa génération honoré par le Grand prix littéraire de l’Afrique Noire, en 1997; Alain Mabanckou l’obtiendra deux ans plus tard, en 1999, avec son roman «Bleu, Blanc, Rouge», publié aux Editions Présence Africaine, en 1998. Ce prix n’est autre qu’une refonte des Grands prix de l’A.e.f (Afrique équatoriale française) et de l’A.o.f (Afrique occidentale française), suite à la décolonisation. 
Pendant leurs premiers pas littéraires, Daniel Biyaoula, Alain Mabanckou et Léopold Congo-Mbemba (décédé en février 2013) formaient, sur le territoire français, une génération des jeunes écrivains congolais émergents. Bien que décédé, les œuvres de Daniel Biyaoula marqueront l’histoire littéraire universelle. D’autres œuvres de lui, pourraient voir le jour. Toutefois, faut-il le préciser, ses trois romans ont redonné un second souffle à la littérature africaine, en général, et congolaise, en particulier. 
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Hommage à Daniel Biyaoula, "le pessimiste lumineux"
Auteur emblématique des Lettres francophones, il laisse un triptyque puissant et mémorable : L'Impasse, Agonies et La Source de joies.
Le romancier congolais, de Brazzaville, Daniel Biyaoula nous a quittés ce 25 mai 2014. Résidant en France depuis plusieurs décennies, il s'est illustré dès la fin des années 1990. Trois romans majeurs marquent son oeuvre : L'Impasse, Agonies et La Source de joies. 
Je l'ai connu en 1997 alors qu'il venait de faire paraître son premier roman, L'Impasse (Présence africaine, 1997), couronné immédiatement par le grand prix littéraire d'Afrique Noire. Par son ton et son écriture iconoclastes, cette fiction de retour au bercail bousculait le paysage de Lettres africaines et montrait à quel point le roman africain n'était plus dominé par la scansion militante et collective, mais devait être désormais perçu sous le prisme de l'individu face au poids de la communauté. Le personnage principal de L'Impasse, Kala, "noir comme le cul d'une marmite", était l'exemple même de l'Africain en déphasage avec les moeurs et les coutumes de sa terre d'origine, le Congo, qu'il décide de fouler après plusieurs années d'absence. Comment pouvait-il se réadapter ? Son salut était aussi cornélien que la situation d'un Samba Diallo dans L'Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane. L'Impasse devenait ainsi un roman de toute une génération et marquait l'acte de naissance d'un écrivain atypique, discret, mais exigeant et grand admirateur de Louis-Ferdinand Céline.
Le deuxième roman, Agonies (Présence africaine, 2000) aura pour toile de fond la banlieue parisienne avec deux histoires d'amour parallèles, un regard sans concession de l'écrivain africain sur les moeurs des immigrés dans les cités "chaudes".
La Source de joies (Présence africaine, 2003), dernier roman de l'auteur, est un éloge de l'amitié, mais aussi une véritable reddition de comptes d'une jeunesse africaine à la dérive, avec en toile de fond une enfance qu'il faudrait désormais lire comme le testament d'un romancier prodigieux.
Daniel Biyaoula portait un nom de famille connu des Congolais et qui signifie "couvre-chef" en mémoire de son aîné, un syndicaliste qui se déguisa en femme pour échapper à la traque des autorités politiques congolaises dans les années 1950-1962.
L'oeuvre de Daniel Biyaoula est traversée par un pessimisme lumineux qui met en exergue la confrontation avec les autres cultures, mais aussi la difficulté à se réinsérer dans son milieu d'origine lorsqu'on est resté trop longtemps à l'extérieur de son pays.
Je perds non seulement un collègue, mais aussi un ami, un grand frère qui m'apprit beaucoup sur l'exigence du travail littéraire…
PAR ALAIN MABANCKOU
Publié le 26/05/2014 à 22:14 – Modifié le 27/05/2014 à 07:14 | Le Point Afrique
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